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« La France et la papauté se sont construites et fortifiées l’une par l’autre et ce par la place privilégiée qui leur a été assignée pour rendre témoignage au Christ et annoncer son retour. Il s’agit donc ici pour moi, en rappelant quelques grands moments de communion et de confrontation entre la France et le Saint-Siège, de montrer comment, dans tous les cas, ces deux puissances en sont sorties grandies, surtout quand elles ont su revenir à leur entente originelle d’une bonne compréhension du “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.”
« Le fait que je me sois arrêté à De Gaulle ne signifie pas qu’il clôt l’aventure ! J’ai fait ce choix pour des raisons morales. Je ne considère pas que les surprises que peut nous faire l’Esprit Saint soient terminées. Le Rhône et le Tibre se jettent dans la même mer et presque à tous les siècles des embarcations françaises et pontificales y ont navigué. »
Le Père Michel Viot, qui fut évêque luthérien de Paris et ancien dignitaire de la GLNF, est membre de la pastorale diocésaine des funérailles du diocèse de Paris et prêtre coopérateur à Notre-Dame de Lourdes.
Il est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels L’heure du royaume de France est-elle venue ? (2018) et Le rapport Sauvé : une manipulation ? (2021) chez Via Romana.
Le Pape François a eu l’audace il y a quelques années de lancer une petite pique toute évangélique: « La France est une fille aînée de l’Église mais peut-être pas la plus fidèle! »
C’est la trame complexe et fascinante de cette longue filiation aux multiples facettes que le père Viot nous dévoile avec érudition dans son ouvrage. Alliances et conflits, luttes de pouvoir politique, passions religieuses, dynamiques culturelles… Cette odyssée historique met en lumière, épisode par épisode, les hommes et les événements qui ont façonné notre histoire politique et religieuse et laissé sur le patrimoine et le destin de la France une empreinte indélébile.
Une histoire paradoxale
Le cardinal Barbarin souligne, dans la préface de cet écrit, tous les paradoxes de cette histoire, faite du meilleur et du pire: « Le plus impressionnant de cet ouvrage, c’est l’immensité de la fresque qui se déroule au fil des chapitres… et des siècles! Le message évangélique rencontre d’innombrables obstacles et provoque de rudes violences, mais nous savons bien qu’il ne peut y avoir de déploiement de la grâce et du dessein de Dieu que dans notre pâte humaine. Oui, la grâce et le péché se mélangent toujours dans l’histoire humaine, et l’institution divine de l’Église ne suffit pas à lui permettre de faire exception à cette règle. »
L’auteur ne s’en cache pas: s’il analyse en profondeur la période allant de Clovis à De Gaulle, il se permet quelques prolongations: « Je ne considère pas que les surprises que peut encore nous faire l’Esprit Saint soient terminées. Le Rhône et le Tibre se jettent dans la même mer Méditerranée. Presque à tous les siècles des embarcations françaises et pontificales y ont navigué. Il n’y a pas de raisons qu’elles ne continuent pas! » De fait, cette riche saga est aussi une invitation à nous interroger sur les enjeux contemporains qui continuent d'influencer cette dynamique millénaire.
Yohan Picquart
...[Ce livre] comble en quelque sorte une étonnante lacune dans les études d’ensemble sur l’histoire des relations exceptionnelles entre l’Église et l’État en France. C’est pourquoi cette étude a déjà été saluée par des universitaires de renom et d’anciens responsables publics de haut niveau. Nul doute qu'[il] figurera en bonne place en toute bibliothèque de recherche, car si, de l’humble aveu de son auteur, n’y figure aucune prétention à apporter quelque nouveauté, il permet cependant de parcourir une impressionnante fresque au long des seize siècles ainsi parcourus.
Rejoignant les propos du cardinal-préfacier, on doit signaler le double bienfait de cette œuvre : celui de mettre en lumière l’impossible oubli du rôle de l’Église, et notamment celui des successeurs de Pierre, au service du bien commun de la Nation française; et en même temps l’œuvre du clergé, en France et ailleurs, qui « servant Dieu, sert aussi notre Patrie (Général de Gaulle) ».
Il est difficile d’embrasser tous les mérites d’une telle somme. On espère seulement que tous ceux qui désirent connaître vraiment la vie du catholicisme en France et la faire connaître à un large public, se chargeront d’en présenter la plupart en diverses recensions. A ce titre, et bien modestement, on peut signaler en premier lieu, et après un choix difficile en raison de l’extrême richesse de contenu, la présentation faite des principaux écueils rencontrés dans les relations de la papauté et de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles et qui éclairent très finement les événements qui se sont noués en juin 1789 (chap. XX, XXI et XXII pp. 229-286). Ici, la maîtrise de notre auteur dans la connaissance de l’ensemble de la littérature de cette époque lui permet une présentation précise et nuancée de ce qui est trop facilement présentée d’un seul mot: « le gallicanisme ». Par ailleurs, apparaît en pleine lumière le mal terrible du jansénisme en toutes ses conséquences, y compris la Révolution elle-même… Et l’action si éclairée, patiente et respectueuse de la papauté pour aider à dépasser ce mal… Si seulement cette action avait été accueillie pour ce qu’elle était vraiment !
En second lieu, la présentation de l’oeuvre du Pape Léon XIII auprès de la « Nobilissima Gallorum gens » bénéficie d’une connaissance exacte des véritables intentions de ce Souverain Pontife et met en évidence une constante dans l’histoire des relations de la papauté et de la France: son exemplarité dans le concert des Nations… Les efforts du Saint-Siège et son extrême vigilance en ce domaine s’expliquent ainsi et par là éclairent la façon douloureuse par laquelle la loi de Séparation fut adoptée en France et par suite condamnée de manière particulièrement ferme par saint Pie X. Du reste, une lecture attentive du votum du cardinal Rampolla, secrétaire d’État de Léon XIII, au sujet de cette même loi devrait confirmer à lui seul la justesse des analyses du père Michel Viot et par là dénouer les gorges fragiles qui n’ont qu’une connaissance fragmentaire d’une telle «politique» dont la compréhension semble dépasser certaines capacités…
C’est donc dans cette continuité que l’on peut placer les intéressantes considérations présentes dans les dernières pages de cet important volume où figure un énoncé précis de la situation présente des relations entre l’Église et l’État en France qui doit certainement beaucoup à ce que présentait naguère le cardinal Tauran dans son intervention du 12 novembre 2001 à Paris devant l’Académie des sciences morales et politiques…
Sont particulièrement à noter les éléments ainsi fournis qui permettent de comprendre l’œuvre harmonieuse des différents chefs de gouvernement français (principalement E. Balladur et L. Jospin) au service «de la nature particulière des relations Église État en France depuis la loi de Séparation (p. 360).
Bertrand de La Soujeole, Consulteur de la secrétairerie d’État, section pour les relations avec les États et les Organisations internationales
Fiche technique