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Il n’existe pas de « biographie » du maire de Paris Jean Nicolas Pache, hormis une hagiographie du XIXe siècle et une publication érudite, en 1912, de documents relatifs à son procès, alors que ce personnage est de première importance dans l’histoire politique de 1793-1794. Il joue en effet un rôle essentiel dans l’apparition de la Terreur révolutionnaire, et les raisons pour lesquelles il a néanmoins été arrêté par ordre du Comité de salut public et de Robespierre sont révélées pour la première fois. Il n’existait aussi sur le sujet que deux ou trois articles de revue, et un jeune chercheur, Aurélien Larné, a récemment publié un article sur Pache administrateur et non comme homme politique.
La présente biographie présente le contexte politique élargi dans lequel Pache a mené ses activités subversives contre la Convention, contient de nombreux éléments inconnus des spécialistes, et aussi des inédits sur le projet de gouvernement municipal voulu par Pache qui voulait faire de Paris une nouvelle Rome. C’est un travail de première main entamé il y a plus de vingt ans, avec une approche critique des sources parlementaires, journalistiques, policières ou judiciaires, et de nombreuses références et explications sur le contexte qui permet de cerner la personnalité complexe et ténébreuse de Pache.
Spécialiste du XVIIIe siècle et plus particulièrement dans la recherche et l’étude des archives liées à la Révolution, Olivier Blanc fut le premier biographe de la républicaine et féministe Olympe de Gouges, guillotinée sous Robespierre (dernière édition chez Tallandier, coll. Texto, 2022), avant de s’intéresser aux réseaux d’influence et d’espionnage au sein du lobbying diplomatique entre puissances européennes durant la même période.
L'historiographie retenait de Pache qu'il avait partie liée avec les "Enragés" et les partisans d'une guerre civile paroxystique au sein de la Révolution : un monstre donc pour ses ennemis, depuis les contre-révolutionnaires et les "modérés" jusqu'aux Girondins et à ceux des Jacobins qui s'opposent aux Cordeliers, les dantonistes et même Saint-Just...
Un monstre, peut-être, mais un monstre de duplicité, selon les découvertes documentaires d'Olivier Blanc : c'est là tout l'intérêt de la biographie d'un personnage représentatif des contradictions, des hypocrisies et des non-dits d'une période charnière.
[...]
Les documents et références d'archives mis au jour par O. Blanc éclairent cette duplicité d'un Pache, ultra (révolutionnaire, ou contre-révolutionnaire ?) de l'ombre : il aura contribué à faire couler des bains de sang mais reste assez adroit, comme Barère, pour temporiser, surnager en prison après Thermidor, être amnistié finalement et se faire oublier...
Jusqu'à la Restauration où, notable et académicien, retiré sur ses terres, celles d'une ancienne abbaye, il meurt paisiblement en 1818, muni à sa demande des sacrements de l’Église par un ancien prête réfractaire. Son fils, officier de l'armée impériale puis de Louis XVIII, sera anobli ; son gendre et ancien complice créé baron par Charles X. [...]
Le texte d'O. Blanc éclaire opportunément les dessous de ces temps et de ces engagements de girouettes (?), moins qu'il ne s'agisse de convictions (permanentes ou successives ?) ou encore de parfait cynisme. L'auteur a en tout cas le grand mérite de mettre à mal les simplifications marxisantes d'une historiographie de la Révolution et de la Terreur trop officiellement dominée depuis Aulard par Mathiez et ses successeurs.
Philippe Bonnichon
Jean-Nicolas Pache fait partie de ces figures discrètes qui ont agi dans l'ombre mais ont fait l'Histoire. Cité dans de rares ouvrages, il tient pourtant un rôle clé dans la Révolution française en tant que maire de Paris. Fils de roturier, il gravit avec une détermination obstinée les échelons du pouvoir. D'abord protégé du marquis de Castries, puis proche de Robespierre, Pache multiplie les masques. Pendant la Terreur, il joue un rôle central dans une capitale en pleine tourmente. Manipulant habilement les factions révolutionnaires, il utilise son influence pour alimenter la violence et exacerber les révoltes. Prêt à tout pour asseoir son pouvoir, il incarne à la fois le chaos et l'autorité au cœur de la Révolution. Dans un récit remarquablement documenté, Olivier Blanc retrace le chemin de ce personnage trouble, apprécié sous la monarchie, acteur de la Terreur, reconnu pendant la Restauration. L'auteur nous fait découvrir sa vraie nature, celle d'un homme qui ne voulut justement pas laisser de traces derrière lui – quand on sait ce qu'il fit, on comprend pourquoi !
Gauthier Senet
Jean-Nicolas Pache (1746-1823) : voilà un personnage ayant joué un rôle important durant la Révolution française, mais bien oublié aujourd’hui.
Olivier Blanc, spécialiste de la période révolutionnaire et du Premier Empire, mène ici une étude historique très fouillée du rôle obscur et trouble que Pache a joué durant la Convention et tout particulièrement durant la Terreur. Son ouvrage est une réhabilitation des Girondins, malmené par l’historiographie marxiste, que l’auteur nous présente comme des modérés, voulant punir les excès de certains révolutionnaires – dont les massacres de septembre. Pour lui, Pache joua un jeu particulièrement trouble durant cette époque: se présentant constamment comme un révolutionnaire pur et dur, mais corrompu et vénal, Pache passa son temps à attiser la haine entre les factions révolutionnaires et à comploter pour son propre compte afin de remplacer l’autorité de la Convention nationale par celle de la Commune de Paris. Après l’arrestation d’Hébert (1757-1794), complice de Pache selon l’auteur, ce dernier fut à deux doigts d’être lui-même guillotiné. Prudent et sans scrupule, bénéficiant encore de nombreux appuis, il échappe pourtant à la condamnation et il a l’intelligence de partir en province pour se faire oublier. La thèse de l’auteur, abondamment appuyée par de très nombreux témoignages, est convaincante et le moins que l’on puisse dire est qu’il dresse un tableau effroyable de l’ambiance politique de l’époque où chaque faction cherche à éliminer physiquement les autres dans une escalade paranoïaque que rien ne semble pouvoir arrêter.
Bruno Massy de La Chesneraye
Fiche technique